Clothilde Robin Avezou Psychologue clinicienne répond aux questions de Jumeaux&Co sur les impacts psychologiques que peuvent engendrer le fait de devenir parents de jumeaux.
Clothilde Robin Avezou est Psychologue clinicienne spécialisée en périnatalité, elle a par ailleurs soutenu un mémoire intitulé » Relation mère-jumeaux : genèse d’une triade particulière » *.
Quels impacts psychologiques peuvent avoir la naissance d’un enfant sur les parents ?
Devenir parent représente un changement identitaire important. Avoir été l’enfant de ses parents et devenir parents de cet enfant à venir, parvenir à lui faire une place psychiquement est un cheminement qui se fait tout au long de la grossesse et après la naissance.
Quelles difficultés particulières rencontrent les mamans de jumeaux ou triplés ?
Beaucoup de facteurs font que cet évènement peut ou ne peut pas déclencher des remaniements psychologiques violents. Chaque parent va réagir différemment en fonction de son histoire familiale, personnelle, de ses éléments de vie. La gémellité va faire peur à certains parents, pas du tout à d’autres mais ce qui est sûr c’est que cela amène des difficultés supplémentaires qu’il ne faut pas négliger.
Devant la charge de travail et l’épuisement il peut être difficile de prendre du plaisir à s’occuper de ses bébés, mais cela n’est pas impossible.On n’est plus dans l’image Épinal de la jeune mère qui nourrit son bébé, qui prend le temps d’être en relation avec lui. Là, le temps manque, la fatigue, l’épuisement rendent les parents moins disponibles psychiquement pour les temps de détente.
La mère de multiples perd ses repères identitaires. Elle est une femme qui devient mère et qui plus est de multiples. Elle est heureuse d’être mère et en même temps devant la lourdeur des taches, elle est aux prises à des sentiments ambivalents. Elle aime ses bébés et en même temps elle ne supporte plus leurs pleurs. Elle peut être plongée dans un sentiment de culpabilité « je ne devrais pas avoir ses pensées », d’une perte de confiance en elle, « je n’y arriverai jamais » et une perte d’identité, « je suis une mère nourricière, animale certaine pourront dire. Mais qui suis-je ? Je ne me reconnais plus ».
Le regard extérieur est aussi une donnée à prendre en considération. Les jumeaux attirent d’autant plus s’ils sont monozygotes et le comportement des gens dans la rue peut être intrusif voir agressif. Ce n’est pas rare que les gens s’arrêtent pour toucher les bébés et donner leur opinion « j’ai toujours rêvé d’avoir des jumeaux » ou au contraire « Je vous plaint, quel travail ! » mais la mère n’a rien demandé. Elle est perçue dans son côté animal mère de deux petits et non en tant que femme. A la difficulté pratique de sortir peut s’ajouter la peur d’attirer l’attention.
Et pour le père de jumeaux ?
Pour le père, c’est aussi un bouleversement psychique mais peut être avec intensité différente. Le père souvent a repris le travail, il ne vit pas l’isolement de la même manière que sa compagne. Il peut par contre avoir des angoisses, à se dire « est ce que je vais arriver à subvenir aux besoins divers de toute ma famille ». Inconsciemment il peut être fier d’avoir été « doublement fertile » ou ne prêter aucune importance à ce point.
Quelles femmes peuvent être particulièrement impactées ?
On a pu remarqué que chez certaines femmes qui ont été assistées médicalement pour avoir une grossesse, leurs difficultés psychiques sont difficilement dicibles. Pour celles qui ont eu un long parcours de PMA, se plaindre est presque impossible, elles ne se l’autorisent pas. Elles sont dans une ambivalence car elles avaient été informées de la possibilité d’une grossesse gémellaire et en même temps cela ne correspond pas forcément à leur désir profond.
Vers qui se tourner ?
L’essentiel est de pouvoir parler auprès de votre PMI, au sein de votre maternité, votre association jumeaux et plus, au travers de groupes de parole ou d’une prise en charge par un thérapeute.
Quels signes peuvent nous faire penser que cette démarche serait préférable ?
Dès que le couple ou que l’un des parents ressent le besoin de se confier, d’en parler pas forcément par psychothérapie personnelle mais au travers d’un espace de parole et de dialogue. A tout moment dès que vous en ressentez le besoin avant la naissance et/ou après.
Parler de vos interrogations a votre gynécologue, médecin généraliste, à la PMI, à votre pédiatre ils sauront vous orienter et vous indiquer les thérapeutes les mieux adaptés que vous pourrez rencontrer.
Comment çà va se passer ?
C’est un espace de dialogue qui vous est ouvert. Une fois la décision prise de consulter, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une rencontre. Une rencontre entre le psychisme du thérapeute et celui du patient. Il arrive que la rencontre ne se fasse pas, que vous ne vous sentiez pas à l’aise, il est conseillé alors d’en parler au thérapeute qui pourra ainsi vous orienter vers quelqu’un d’autre.
En ce qui me concerne je propose à mes patients 3 consultations pour faire connaissance, en définissant le cadre ensemble, à la troisième séance nous décidons ensemble si la personne est à l’aise ou s’il y a des choses à modifier.
L’idéal serait de pouvoir proposer un soin adapté en pré natal avec une visite en duo avec une puéricultrice et un post natal à domicile mais ce n’est pas facile à mettre en place.
Entre le psychologue, le psychiatre, le psychothérapeute, le psychanalyste … on ne sait plus où donner de la tête. A qui s’adresser ?
Vous serez amené à rencontrer un psychothérapeute ou psychologue mais vous trouverez l’explication des différentes terminologies entre psychologues, psychiatres, psychothérapeutes et psychanalystes sur son site www.psy-enfant.fr.
* Publications et écrits “Retour à la maison, penser des soins adaptés !“, article dans la revue Enfance et Psy, n°34, 2007. http://www.editions-eres.com/resultat.php?Id=1818Les réductions embryonnaires “Les jumeaux, le retour à la maison“, émission Les Maternelles sur France 5.




Non mais qu’est ce qu’il ne faut pas lire !!!!
Je suis maman de jumeaux … et laissez moi vous dire que je ne suis pas déroutée psychiquement, psychologiquement ou tout ce que vous voulez.
Il y a une fatigue physique certes, mais cela n’empêche en rien de trouver plaisant et très agréable le fait de s’occuper de nos 2 bébés. On ne vit pas cela que comme une obligation due à notre rôle de mère, on le fait volontiers et on trouve même beaucoup de temps à jouer avec chacun des enfants et à leur consacrer un moment intime pour créer des liens.
On peut être mère mais notre côté femme est toujours présent !!!
Il faut donc arrêter de faire d’un cas un généralité ! Il y a des mamans qui se noient dans leur rôle de mère mais qu’elles soient mamans de singleton ou de multiples ne fait pas grand différence.
Alexandra, je suis d’accord avec toi cela peut très bien se passer et c’est ce qui est dit dans l’interview. Mais ce serait faire une généralité aussi de dire que tous les parents gèrent parfaitement cette situation. Il faut comprendre que ce ne soit pas toujours si clair pour tout le monde. C’est super si tu n’es pas déroutée. Merci en tout cas pour ton avis
Je ne dis pas que toutes les mères s’en sortent, je ne généralise pas, cf ma dernière phrase.
« La mère de multiples perd ses repères identitaires. Elle est une femme qui devient mère et qui plus est de multiples. Elle est heureuse d’être mère et en même temps devant la lourdeur des taches, elle est aux prises à des sentiments ambivalents. Elle aime ses bébés et en même temps elle ne supporte plus leurs pleurs. Elle peut être plongée dans un sentiment de culpabilité « je ne devrais pas avoir ses pensées », d’une perte de confiance en elle, « je n’y arriverai jamais » et une perte d’identité, « je suis une mère nourricière, animale certaine pourront dire. Mais qui suis-je ? Je ne me reconnais plus ». »
Quand on lit cet extrait je suis désolée mais c’est faire ici une généralité.
C’est simple, lorsqu’on entend parler les gens/parents de non multiple on entend direct « c’est trop dur, comment vous faites? ». Ce sont les idées préconçues que la société nous donne, 2 enfants d’un coup ce n’est pas envisageable.
Je dis juste qu’il faut voir toutes les facettes de la question et pas seulement celle que l’on a envie de voir.
Le métier de maman n’est pas forcément facile, que l’on soit maman de singleton ou de multiple.
Une maman de jumeaux (ou +) peut très bien s’en sortir alors qu’une autre non.
Moi j’ai énormément appris par cette article. Je me retrouve dans cet interview. Je n’arrivais pas à mettre des mots sur certains ressentis. Merci Sophie
Comme Melissa, cet article exprime parfaitement ce que je ressens. Cet ambivalence des sentimenst et la question identitaire sont parfois difficiles à gérer. Cela me rassure un peu de savoir que ces interrogations sont courantes chez les mamans de multiples.
je me retrouve dans cette article, et meme si Alexandra , premiere a posté , ne s’y retrouve pas et qu’elle s’en sort c’est tant mieux , bien au contraire, je ne sais pas ce que je donnerais pour me sentir bien dans ma peau depuis que j’ai mes loulous …
je me retrouve également dans cet article, il exprime bien mes angoisses et met des mots sur certaines peurs que j’ai, car je suis encore enceinte. Personnellement j’ai déjà 2 enfants et je pense que je vais etre de celles qui ne s’en sortent pas, car 4 enfants de moins de 5 ans ça risque d’être très sportif et de laisser très peu de place à ma vie de femme, d’épouse et de salariée !
)
mais peut etre que je vais me transformer moi aussi une wonder woman de l’organisation!
encore une fois, un article qui n’imagine pas qu’une maman de jumeaux puisse être déjà maman; et donc je ne m’y reconnais qu’à moitié; maman, je l’étais déjà (2 fois)…mais l’arrivée de ces jumeaux m’a bouleversée…je me suis retrouvée presqu’ »encombrée » de ces bébés, alors que j’avais tant à gérer avec les ainés…au délà de ce que la personne décrit, il y a des sentiments très perturbants liés à la présence des ainés : les uns empêchent de s’occuper à loisir des autres et réciproquement; jamais le temps, niveau sonore totalement insupportable, preque sentiment d’injustice (pourquoi moi???), quasi ressentiment « cette naissance double perturbe complètement la famille, le couple… », nous place dans la catégorie des gens « à part », ce qui n’est pas toujours facile à assumer (ho la la, 4 enfants en 5 ans, moi je n’aurais jamais pu…)… bref…
ceci dit, je suis assez d’accord avec ce qui est dit dans l’article concernant l’ambivalence des sentiments…mais c’est relativement incomplet je trouve
Eh oui jujuteam, difficile d’être complet, le sujet étant bien vaste. Il s’agit d’une interview. Nous essayons sur ce site de confronter les points de vue et de donner différents éléments de réponse. Merci pour ton commentaire qui ouvre le débat.