L’allaitement de jumeaux

Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC répond aux questions de Jumeaux&Co

Françoise Coudray, consultante en lactation IBCLC est maman d’Alexandre et Maximilien, qui ont été allaités pendant environ deux ans et demi et présidente de l’association allaitement de jumeaux.

Vous prouvez que l’allaitement de jumeaux c’est possible ?

Oui, l’allaitement de jumeaux (voire plus…) est totalement possible, et notamment l’allaitement exclusif de jumeaux, sans faire appel à du lait infantile pour compléter ou pour “faire du mixte”;

Plusieurs études, évoquées sur le site www.allaitement-jumeaux.com démontrent que les mères de multiples peuvent parfaitement produire assez de lait; “Huit femmes en bonne santé, allaitant des jumeaux, et une allaitant des triplés, participèrent à une étude dirigée par Saint et associés, pour déterminer le rendement et la composition de leur lait à 2, 3, 6, 9 et 12 mois post-partum. A six mois, elles donnaient en moyenne 15 tétées par jour. Les femmes qui allaitaient exclusivement produisaient de 0.84 à 2.16 kg de lait par 24h. ”

L’on sait qu’une partie du développement de la glande mammaire dépend du tissu placentaire, permettant de dire que la future mère de jumeaux voit ses seins se préparer pour nourrir des jumeaux…. et l’on sait également que la glande mammaire peut encore se développer durant le premier mois après la naissance (en fonction de la bonne stimulation et bonne vidange des seins);Une mère de jumeaux peut donc parfaitement nourrir exclusivement ses jumeaux dès leur naissance et jusqu’à leurs 6 mois puis continuer tout en introduisant les aliments solides.

Par contre il y a des conditions dites “primaires” et surtout beaucoup de conditions “secondaires” qui entraînent des risques de manque de lait! “Secondaires” signifie que sans ces conditions, la production aurait été parfaite!

Qu’est-ce qui va aider favorablement?

A la base, il faut que la mère soit motivée et confiante dès la grossesse; il faudrait également qu’elle aille à une consultation en prénatal, pour disposer des bons repères, connaître les signaux d’alarme… et qu’elle se tourne vers le personnel soignant, en leur expliquant bien son projet; le personnel soignant doit y adhérer pour le bien-être de chacun!

Je dispose de moins en moins de temps pour mettre à jour et enrichir le site internet, car je passe de nombreuses heures en contact direct avec les mères ou avec les professionnels de santé; mais lorsque j’ai une femme ne prénatal, nous évoquons l’organisation, nous évoquons les soucis de précédents allaitements…. je réponds à des questions spécifiques, et j’enseigne les bons repères et les signaux d’alarme. (une partie en ligne: ici et ici)

Il importe que les futures mères aient une idée des bons repères, et des signes précurseurs de soucis; avec une petite boîte à outil, ça permet non pas de résoudre le problème mais de conserver la bonne santé des bébés et des seins maternels (et leur production)… une consultation, toujours préférable à l’entretien téléphonique, permet de faire le point et de dépister les causes .. et de les éliminer.

Le soutien des professionnels et notamment de l’association allaitement des jumeaux et plus est vital au travers de conseils

  • comment s’organiser avec deux nourrissons qui ont les mêmes besoins, souvent en même temps ou juste dans la foulée l’un de l’autre…
  • les allaiter en même temps, chacun son tour, dans quelle position….
  • comment faire quand ils sont de petit poids de naissance, quand “on” dit à la mère qu’ils sont trop faibles pour téter….
  • comment gérer la prématurité? la maladie?
  • Et de montrer des photos des schémas!

Hélas, beaucoup encore de professionnels de santé doutent beaucoup de la capacité des femmes à allaiter des jumeaux; un grand nombre encore d’entre eux ne sont pas non plus formés pour reconnaître les actes, gestes, réalisés autour de la naissance, qui ont un impact sur l’allaitement au sein; et le fait que les jumeaux naissent souvent trop tôt, ou bien de faible poids gestationnel, n’est pas reconnu non plus, comme ayant un impact sur l’allaitement au sein; A côté de cela, il faut savoir et reconnaître, que l’ADJ+ a permis la “démocratisation” de l’allaitement des jumeaux, y compris exclusif, y compris de longue durée, de même qu’une portion de soignants s’est formée à l’allaitement.

Il y a donc du mieux; mais pas au point de répondre aux projets de toutes les mères de jumeaux!

La future maman, la maman, de jumeaux, doit donc rechercher:

  • le soutien de l’association dont les membres ont une connaissance spécifique de l’allaitement version multiples, et de l’allaitement tout court,
  • connaître les “outils-express” d’une sélection de problèmes qu’on retrouve très fréquemment dans la naissance gémellaire et du fait de leur prématurité, ou de leur manque de maturité, il faut en connaître….

Ce qui permettra la copieuseté du lait, et surtout, ce qui permettra le bon transfert de lait; car on a souvent des doutes sur la production de lait, alors que les seins maternels sont archi-pleins, et que l’enfant est trop faible pour prendre le sein en bouche, et/ou pour soutenir une tétée complète; et de là, on s’évite tous les soucis de perte de poids, d’hypoglycémie, d’hyperbilirubinémie (ictère ou jaunisse);

Quelques outils-express

  • Ne pas hésiter à prendre les devants face à des enfants qui dorment ou s’endorment très vite; il est primordial aussi bien d’assurer leur prise de poids et leur bonne santé, que le bon démarrage des seins; si les enfants tardent à être téter voire à être efficaces, la maman doit d’emblée extraire son colostrum toutes les deux heures et en nourrir ses enfants; elle continuera le peau à peau et les tentatives de mises au sein, mais au moins, tous les trois échapperont à la spirale infernale perte de poids-hypoglycémie-hyperbilirubinémie et la production de lait sera sauvegardée. Idem une fois que le colostrum laisse la place au lait… les quantités augmenteront, c’est tout….Ne pas hésiter à masser/drainer le sein et à désengorger le complexe mamelon-aréole avant la tétée ; sinon la bonne prise en bouche sera entravée, on ira vers les crevasses et le mauvais transfert de lait……
  • Ne pas hésiter pendant la tétée, à réaliser la compression du sein, une compression soit continue, soit alternative quand les enfants tètent mais ne boivent pas….. c’est une façon de compléter directement du producteur au consommateur qui épargne une part de tire-lait ou d’extraction manuelle!Ne pas hésiter à “finir” ses seins à la main ou bien au tire-lait; le lait prélevé en plus, ce sera autant de lait pour la tétée prochaine, et ce sera autant de bonne gestion de l’engorgement! Ce lait peut permettre également de compléter ou nourrir les enfants sans l’altération des bénéfices santé du lait maternel si on faisait appel à du lait infantile et sans altération de la production de lait; idéalement, on préfèrera compléter ou nourrir via une petite sonde alimentaire installée au sein, ou encore à la tasse, à la cuillère….La maman séparée de ses enfants doit très vite se mettre à stimuler/vider ses seins, dans les 6 heures qui suivent la naissance, et continuer de stimuler/vider ses seins le plus possible, le plus souvent possible (8 fois par jour); elle devra surtout se mettre en surproduction par rapport aux besoins d’enfants nés à terme; et là le bat blesse, car on dit aux mères: ne pompez pas trop souvent, ne pompez pas trop de lait car les bébés sont tout petits…… elle devrait très vite se mettre en relation avec une personne ressource dûment formée car on ne gère pas une production de lait sans tétée au sein de la même manière qu’avec des bébés téteurs; elle a besoin d’un soutien très spécifique, et d’un accompagnement moral;

Qu’est ce qui peut empécher une mère d’allaiter exclusivement des jumeaux?

  1. Des causes primaires. En dehors d’une hypoplasie c’est-à-dire un manque de développement des seins qui est apparu à la puberté, de seins asymétriques, tubulaires, d’un gros problème hormonal, d’une blessure de la moëlle épinière (blessure entre C1 à T6), d’un syndrome de Sheehan (très grosse hémorragie), l’anatomie et la physiologie font que oui, la maman aura assez de lait.Ce n’est pas une vraie cause primaire…. mais certaines chirurgies ou plutôt actes pendant des chirurgies mammaires peuvent avoir touché le volume glandulaire, sectionné des canaux, sectionné des nerfs qui alimentent le sein…. et avoir des conséquences.
  2. Des causes secondaires qui relèvent de conditions ou de gestes lors de l’accouchement naissance; Je décris plusieurs causes de retard de la “montée de lait“. L’on va trouver le stress (moral et physique), la prématurité, la césarienne, et également l’obésité et le diabète qui sont des conditions amenant à un risque de retard de la “montée de lait”; Si l’on est dans ces facteurs de risque, l’on peut parfaitement contre-balancer le risque de retard de la “montée de lait” et des soucis de production subséquents;

La seule solution pour contre-balancer ces effets négatifs, dans ces situations, c’est:

  • une tétée la plus précoce ET efficace le plus tôt possible, et un régime si possible “offensif” de tétées fréquentes et efficaces (ou stimulations/vidanges à la main, au tire-lait et on en nourrit les enfants à la sonde, à la tasse, à la cuillère…..) ; il n’y a hélas que la physiologie de la lactation qui permette d’atteindre l’harmonie lactée.

Il y a d’autres situations, qui participent à un retard de la “montée de lait”:

  • le fait d’être maman pour la première fois….. non seulement on “débute”, mais les seins ne bénéficient pas d’un effet “mémoire”;
  • beaucoup d’actes, gestes autour de la naissance ont un impact fort sur l’allaitement; je pense à toutes ces consultations où le bébé est né avec des forceps, ventouse….  la péridurale elle-même a un impact sur la succion de l’enfant….. l’oedème aux seins consécutifs aux perfusions maternelles participent au mauvais transfert du lait donc au mauvais démarrage de la lactation…..
  • souffrir de rétention placentaire; ici il reste du tissu placentaire, qui dit au corps “hep, les bébés sont au chaud dans ton utérus, ce n’est pas le moment de faire du lait”;
  • souffrir de certains kystes qui libèrent de la testostérone; forcément ça empêche de fabriquer du lait…

Dans ces cas-là, si on dépiste immédiatement (voire en prénatal) les facteurs de risque, on peut parfaitement contre-balancer la plupart des risques de mauvaise production!

C’est plutôt un manque de bons conseils qui participera à un problème de production. [dans les cas de kyste ou rétention placentaire, là on ne s’en aperçoit pas forcément de suite);

Le manque de stimulation fréquente voire fréquente ET efficace participe à une mauvaise production de lait; or en maternité, l’on aime bien que les mamans se reposent tandis que l’on va donner un petit biberon de lait infantile…. dans certaines situations, les enfants sont carrément séparés de la mère [je n’évoquerai pas ici la prématurité]; des tétées potentielles n’ont donc pas lieu;

Le fait de compléter (ou donner un repas complet) de lait infantile joue fatalement sur la production de lait;

La mise en nurserie met à risque de sauter des tétées qui auraient eu lieu; la mère se met au risque de souffrir d’une stase de lait (des seins trop pleins trop tendus durant trop de temps), ce qui mène à une pathologie mammaire. Sans compter le risque que les enfants reçoivent du lait infantile… sans compter le risque de colonisation des bébés avec des germes étrangers, et le risque d’une altération de leur flore intestinale.

La prise en post-partum de somnifères, ou produits anti-douleurs qui agissent sur le système nerveux central notamment va avoir un impact.

Alors que la mère ayant accouché, dispose de seins prêts pour des multiples, et qu’elle se trouve quelques heures après l’accouchement, en phase d’optimisation de son potentiel, dès lors qu’on introduit du lait infantile (ou autre, dès lors que ce n’est pas le colostrum ou le lait de la mère), on travaille à abaisser la production de lait;

Plus tard, et de façon générale: la tototte va diminuer la stimulation des seins, pouvant faire disparaître des tétées…. la contraception hormonale participe à un certain nombre de baisses de lait…. les schémas rigides des tétées (toutes les 3h par exemple) sont un autre facteur causatif…

L’on ne va pas lister ici toutes les conditions qui empêchent une bonne production de lait ou bien qui diminuent une bonne production de lait; hélas…. il y en a beaucoup trop:-)

Comment est né le site allaitement des jumeaux et plus ?
C’est vers les huit mois d’Alexandre et Maximilien que j’ai souhaité partager mon plaisir de l’allaitement en créant une permanence téléphonique toute locale, pour les (futures) mamans; nous habitions alors Chevreuse dans les Yvelines. Quelques semaines plus tard, désireuse de créer un site Internet parallèle à la permanence téléphonique, je contactai Cyrille Cahousard qui animait alors la Webencyclopédie des jumeaux et plus. Il se proposa d’héberger mon activité Internet; la rubrique Allaitement des jumeaux et plus commençait d’exister, elle comportait quatre pages, nous étions en juin 1998. Avec le temps, Cyrille Cahousard créa un nouveau site, Jumeaux-infos, puis Parents-infos, tandis qu’en parallèle de la rubrique Allaitement qu’il hébergeait encore, je créais l’association
A.D.J.+ puis le site www.allaitement-jumeaux.com.

Le site est vite devenu l’équivalent de 500 pages…Je rame aujourd’hui pour trouver le temps de mettre les pages à jour, ou d’en rédiger de nouvelles; mais je ne regrette pas les heures quotidiennes passées à donner des consultations, ou à répondre au téléphone, voire à former des professionnels de santé ou des mamans bénévoles d’association.

Vous êtes désormais toute une équipe ?

J’ai fini par souhaiter disposer d’une “carte de visite” en devant consultante en lactation certifiée IBCLC il y a 5 ans;Au fil des années, l’ADJ+ est devenue toute une équipe de mamans spécialisées (mamans de jumeaux, spécialistes pour une association dédiée à l’allaitement des multiples…. ) et formées à l’allaitement maternel. L’association, ce sont 11 personnes, dont 4 consultantes en lactation IBCLC.

Je donne également des conférences et je suis formatrice en allaitement maternel et lactation humaine (de façon générale, pas uniquement les jumeaux);

Quel message voulez vous passer aux Futures mamans de jumeaux ?

Allaiter des jumeaux est tout à fait possible; les débuts peuvent parfois être difficiles car les bébés peuvent naître trop tôt, être immatures, manquer de force; malgré cela, il y a possibilité de contre-balancer ces faiblesses jusqu’au moment où enfin, l’on vit l’harmonie lactée version pluriel; allaiter au sein, c’est apporter non seulement du lait, des nutriments, des anticorps….  c’est partager un geste d’amour, de câlin, qui part du plus profond de nos tripes; je vous souhaite d’avoir la confiance et la motivation de vous lancer dans cette belle aventure de lait; mon meilleur conseil sera d’être entourées de personnes ressources vraiment bien formées, peut-être justement de l’ADJ+ qui accompagne les mères à allaiter selon leurs désirs;

Quel est votre plus beau souvenir d’accompagnement à l’allaitement ?

Mon coeur est rempli de souvenirs, de mamans qui appellent pour me dire “ça y est, tout va bien désormais”… de mamans qui m’envoient des photos, ou un exemplaire de faire-part, ou encore qui m’annoncent avec joie, leur nouvelle grossesse…. vous me prenez à court…. chaque histoire est si unique…!

FRANCOISE COUDRAY


On se retrouve ici
Ils nous font confianceIls nous font confiance
Ils parlent de nous Ils parlent de nous